Spectacles
DERAPAGES (1993-1996)
Création originale : Bernard AZIMUTH
Mise en scène : Hubert DRAC
Direction d'acteur : Michel ELIAS
Débarquant sur scène avec entrain et preuves à l'appui ( un gros dossier sous le bras auquel il se cramponne), il nous assure que son spectacle est parfaitement au point, et sacrément bien ficelé. Mais pour arriver à nous dire tout ça, il s'emberlificote pendant dix bonnes minutes. Pas du tout par niaiserie, mais par perfectionnisme. Azimuth est scrupuleux jusqu'à la panique. Il précise, fignole, rectifie, invente l'inquiétude à mouvement perpétuel. Toujours et partout - à bord d'un avion en perdition, dans ses exploits alcooliques, rêvant d'une plage idéale ou d'une femme à sa pointure, il est perturbé par cette faculté qu'ont ses idées de courir en zigzag pendant qu'il s'esquinte la santé à maintenir le cap. C'est virtuose mais jamais gratuit. Il ne joue pas avec les mots mais avec ce qu'ils trimbalent d'évasion, d'imprévu et de malentendus. Au bord de la crise de nerfs lors d'une rencontre avec une anglaise très british au français désarmant, ou encore dans un diabolique jeu de Ni oui Ni non avec son petit frère, ou bien dans sa version très personnelle de Noire Charbon et des 7 géants, il dérape comme il respire, se perd dans le banal, le bizarre, le dialogue de sourds et le cercle vicieux. Ses envies sont très précises (la mer doit être douce et fraîche mais chaude quand même), ses sanglots sont à la mesure de son insatisfaction chronique (une mer douce et fraîche mais chaude quand même, ça ne suffit pas ) et son insouciance glisse parfois vers la détresse pure. Par exemple, il se lève un beau matin d'été et, le temps de sortir du lit, le temps de descendre trois étages, le temps de rien, c'est déjà l'hiver, il est vieux, il est mort. Rien de grave pourtant, le revoilà, frais comme un gardon, en train de nous raconter qu'un jour, il a parlé à quelqu'un ! Cet évènement minimaliste donne lieu à une overdose de plantages, une chorégraphie survoltée qui nous vrille les nerfs et nous laisse éreintés, partagés entre le fou rire, l'envie de l'étriper et la certitude d'être touchés définitivement. C'est ça, le style Azimuth .
Marie Ange GUILLAUME



