LES SPECTACLES (ARCHIVES)

JE M’DEMANDE !!?! (1997-1999)

affiche j'me demande

Création originale : Bernard AZIMUTH
Mise en scène : Hubert DRAC

Azimuth a le don de se noyer dans trois centimètres de flotte. On ne sait pas si c’est drôle dans le rôle du noyé, mais pour le spectateur, c’est tordant. Son truc, c’est le catastrophisme, ou l’art d’envisager le pire en toute circonstance – le pire n’étant pas la fin du monde ni même la peste ou le choléra, mais une avalanche de bidules angoissants et de galères minuscules. Et comme, malgré tout, le pire n’arrive pas forcément, il le provoque. Au lieu d’attendre que la montagne accouche d’une souris, il déniche une souris qui ne lui a rien fait, et la secoue dans tous les sens jusqu’à ce qu’elle accouche d’une montagne. Il lui suffit de repérer le détail louche et de s’y cramponner.

La vie n’étant pas une science exacte, les occasions ne manquent pas. La texture volatile et incertaine des pressentiments, par exemple, est un excellent point de départ. Tout le reste aussi : une alarme de voiture que personne n’ira débrancher quand elle se mettra à brailler – pour le moment, la rue est silencieuse mais il anticipe. Et ce carton d’invitation qu’il n’a pas reçu ? Normalement, me direz-vous, l’artiste qui occupe la scène n’a pas besoin de carton d’invitation. Azimuth, si. Il aimerait mieux en avoir un, ça serait plus sûr.

Et au cinéma, le monsieur qui est devant lui, bien calé au fond de son fauteuil, il va fatalement se redresser un jour et lui boucher les sous-titres… Et laisser un message à sa copine pour lui dire où et comment se retrouver le soir, vous croyez que c’est simple ? Non. Parce qu’à force de vouloir éviter les confusions, décortiquer les risques d’erreurs, pulvériser le moindre doute, il lui laisse un truc parfaitement indécodable, à côté de quoi l’autisme fait figure de jeu interactif. Ajoutez à ça un net penchant pour l’absurde ( le très joli délire du pompiste aux kangourous) et le plaisir qu’il prend à jouer avec la face cachée des mots, et vous aurez une idée du pataquès ambiant. (Ce n’est pas pour rien qu’il a reçu, des mains de Raymond Devos, le Devos d’Or de l’humour. )

Mais ce foutoir hostile qu’il engendre lui-même, il l’affronte bravement, avec la gestuelle enthousiaste et motivée du gardien de but qui ne va rien laisser passer. Tout le monde connaît le parano standard : ratatiné, mesquin, grisâtre. Azimuth, c’est le modèle flamboyant, généreux, expansif, convivial – d’où la charge de sympathie dont il bénéficie d’emblée. Dérapages, son précédent spectacle, avait déjà l’inquiétude pour moteur, en plus éparpillé. Avec Je m’demande !!?!, il se rassemble. Il laisse tomber l’anecdotique et va chercher le rire dans les régions sensibles où il nous touche profondément. Dans l’enfance, par exemple, avec cette histoire infiniment drôle (dans la forme) et triste (dans le fond) du petit lapin qu’il voulait pour son « nanniversaire ». Nous n’en dirons pas plus au sujet de cette bestiole, mais nous en sommes tous là – à nous battre avec une vieille histoire de petit lapin. Dans la vie, il y a des jours où ça nous amuse moyennement.

Avec Azimuth, c’est le fou rire assuré. Merci l’artiste.

Marie-Ange GUILLAUME

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Derniers commentaires

SAATDJIAN

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Une épreuve sportive de longue haleine, ou comment rendre accessible à tous Hamlet avec un point de vue très personnel mais au combien rafraîchissant, on en redemande. Bien que découvert à Télématin, dommage que cet artiste soit peu médiatisé, il mériterait de l’être beaucoup plus !

Duval

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Formidable acteur qui se démultiplie entre de nombreux personnage de cette pièce originale, drôle et sérieuse. Aussi à l’aise dans le drame, la comédie ou la conversation avec le public. Précipitez vous.

COLLIN Brigitte

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Il y a beaucoup de facettes dans votre humour qui le rendent totalement imprévisible et d’autant plus hilarant, avec des morceaux de bravoure comme le génial sketch « trop de lettres » ou du délire total comme « l’anglaise ». Vous faites bien de passer partout dans nos belles régions de France (au pied du Vercors en ce qui nous concerne), ça aère la tête et ça fait du bien à ceux qui vous entendent!

robert santo-paolo

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J’aime beaucoup ce que vous faites. Je déplore que vous n’ayez pas le succès que vous mériteriez d’avoir. Votre finesse et votre humour « décalé » me procurent une grande joie. Permettez-moi de vous féliciter.
Robert Santo-Paolo